À l’Institut du monde arabe, « Esclaves en Méditerranée. XVIIe – XVIIIe siècle » retrace une histoire peu connue des captifs en Méditerranée. À travers des objets, des œuvres et des archives. Elle met en avant des témoignages et des objets variés afin de mieux comprendre le quotidien des captifs.
Conçue sous le commissariat scientifique de Meredith Martin, M’hamed Oualdi, Gillian Weiss, et Djamila Chakour, cette présentation montre les parcours d’hommes et de femmes pris dans un système d’esclavage fondé en partie sur des oppositions religieuses.

Une histoire longtemps mise de côté
Le parcours s’intéresse à une forme d’esclavage encore peu connue aujourd’hui. Il montre comment, autour de la Méditerranée, des populations chrétiennes et musulmanes sont capturées puis réduites en captivité entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.
Des corsaires, c’est-à-dire des marins autorisés par un État à attaquer des navires ennemis, mènent des raids en mer ou sur les côtes et capturent des hommes, des femmes et des enfants. Ces captifs sont ensuite transportés vers de grands ports et vendus. Ce système concerne plusieurs régions, aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe du Sud.



Certaines œuvres permettent de comprendre cette réalité historique. Le monument des Quattro Mori représente par exemple des captifs enchaînés au pied d’un souverain. Cette œuvre rappelle que l’esclavage est visible dans l’espace public européen de l’époque.


Des objets pour raconter
Les œuvres et les documents présentés permettent de mieux comprendre la réalité de ces vies. Le visiteur découvre des peintures qui montrent l’arrivée des captifs dans les ports ou leur mise en vente.


Des archives complètent ces représentations : registres de vente, inventaires, listes de noms et d’origines. À côté, des objets plus intimes racontent d’autres histoires, comme « le tronc des Trinitaires » attribué à Antoine Van der Leupen, utilisé pour collecter des fonds afin de racheter des captifs. Les lettres des esclaves occupent une place importante. Elles sont adressées à des familles ou à des autorités et permettent de comprendre les demandes d’aide ou les tentatives de libération.

Enfin, des objets liés aux galères – maquettes, sculptures et décorations – montrent le fonctionnement de ces navires et rappellent que la mer était à la fois un lieu de travail forcé, de discipline et de survie.


Travailler et survivre au quotidien
Les captifs accomplissent des tâches variées. Sur les galères, beaucoup d’hommes rament par périodes, tandis que le reste du temps, ils travaillent à terre, souvent dans les ports ou les arsenaux. Certains travaux sont particulièrement pénibles, tandis que d’autres captifs, notamment des femmes, sont employés comme domestiques dans des maisons, où leurs conditions restent précaires.
Pour survivre, certains développent des activités supplémentaires : artisans, commerçants, ou lettrés, ils utilisent leurs compétences pour gagner un peu d’autonomie. L’art joue également un rôle révélateur de cette réalité. L’œuvre « Un esclave » de Charles Le Brun montre comment les artistes représentent ces hommes, mêlant observation et symbolisme.

Une mémoire qui traverse le temps
Le parcours se termine par une œuvre contemporaine, « Suspended in Time » de Kevork Mourad, qui revisite la mémoire des captifs et les relie au présent. Elle invite à réfléchir sur cette histoire oubliée et à mesurer son influence sur les sociétés méditerranéennes d’aujourd’hui.



En reliant passé et présent, l’exposition rappelle que ces destins ne sont pas seulement des récits historiques : ils continuent d’interroger notre regard sur la liberté, la mémoire et la manière dont les sociétés construisent leurs histoires.
Cynthia Bellanger,
Jusqu’au 19 juillet 2026
Institut du Monde Arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75005 Paris
Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h, et les week-end et jours fériés de 10h à 19h
Exposition gratuite, réservation conseillée
