« 93 » : une adaptation de Victor Hugo au présent

Et si la Révolution ne s’était jamais arrêtée ? Actuellement présentée à la Folie Théâtre, avant une programmation au Festival d’Avignon Off, cette adaptation futuriste de « Quatrevingt-treize », présenté par la compagnie Les Fouillons propulse Victor Hugo dans un univers sombre et troublant, où idéaux et violence s’entrechoquent.

Une adaptation simple et lisible

Le spectacle repose sur une idée claire : déplacer l’intrigue de Victor Hugo dans un futur proche pour en faire ressortir les enjeux. L’action se situe en 2093, dans une France traversée par des tensions politiques et une forme de guerre interne. Le contexte est posé rapidement, sans complexité inutile, ce qui permet d’entrer facilement dans l’histoire.

La pièce adopte une structure en boucle. Elle commence par une scène située vers la fin, avant de revenir en arrière pour en expliquer les causes. Ce procédé fonctionne bien : il donne un autre poids aux choix des personnages et installe une forme de tension dès le début.

Le cœur du spectacle reste le conflit entre différentes visions de la justice et du pouvoir. À travers les relations entre les personnages, la pièce pose des questions simples mais efficaces sur les limites d’une révolution et sur ce qu’elle peut produire.

Des rôles marqués par des contrastes clairs

La distribution fonctionne sur des oppositions nettes, visibles autant dans le jeu que dans les choix de mise en scène. Orianne Dumeny interprète deux personnages, Michelle et Robespierre. Leur distinction est rendue lisible à la fois par les costumes et par son interprétation : Michelle apparaît fragile, inquiète, tandis que Robespierre est plus assuré, avec une parole posée et autoritaire.

Charlotte Orsini joue, lors de la représentation à la Folie Théâtre, Gauvain et Marat. En Gauvain, elle incarne une commandante qui n’hésite pas à désobéir pour protéger des innocents. En Marat, elle adopte une posture différente, devenant une forme de guide pour Robespierre et Danton, avec une présence plus stable.

À leurs côtés, Alexis Tran interprète Cimourdain, Samuel Hucault joue Lantenac, tandis que Clément Pronost assure les autres personnages, permettant de faire exister plusieurs figures sans alourdir la scène.

Une mise en scène épurée et proche du public

Le décor reste minimaliste : un même fond est utilisé pour toutes les scènes. Ce choix permet de garder une continuité visuelle. Les variations passent surtout par les lumières, qui servent à situer les scènes et à souligner certains moments.

La mise en scène joue aussi avec la proximité. Les acteurs ne restent pas uniquement sur scène : ils s’en approchent, la dépassent, et viennent parfois se placer juste devant le public ou parmi lui. Ce franchissement du quatrième mur crée un lien direct, simple mais efficace.

Une proposition claire et actuelle

Sans chercher à en faire trop, Sylvain Bastonero, à l’origine de l’adaptation et de la mise en scène, propose une lecture actuelle de Quatre-vingt-treize. Le spectacle mise sur la clarté, avec des choix lisibles et une mise en scène cohérente.

La pièce aborde des thèmes connus : le pouvoir, la justice, les dérives politiques, en les rendant accessibles. Ce sont surtout les relations entre les personnages et la manière dont elles évoluent qui portent l’ensemble. Le résultat est un spectacle simple dans sa forme, mais qui pose des questions directes, sans détour.

Cynthia Bellanger,

A la Folie Théâtre, 6 Rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris, les jeudis, vendredis et samedis à 21h30 du 16 avril au 20 juin 2026

Au Théâtre de l’adresse, 2 Av. de la Trillade, 84000 Avignon, les mercredis à 17h55 du 4 au 25 juillet 2026

Réservation en ligne

www.billetreduc.com

www.festivaloffavignon.com