En 2026, Lalique Art poursuit son dialogue avec les grandes figures de la création contemporaine en s’associant à l’artiste chinois Fang Lijun. De cette rencontre naît une réinterprétation en cristal de Yawning Man, l’une de ses figures emblématiques. Une œuvre où l’expression d’un geste universel — le bâillement — rencontre la virtuosité des maîtres verriers Lalique.
Il y a, dans Yawning Man, quelque chose de profondément immédiat. Une silhouette à la tête rasée, la bouche ouverte dans un bâillement, un visage à la fois familier et énigmatique. Le geste semble anodin, presque quotidien. Pourtant, chez Fang Lijun, il devient une image chargée de tension : celle d’un individu qui se tient à distance du monde, des conventions et des injonctions qui l’entourent.
Pour Lalique Art, cette œuvre constitue un terrain de rencontre exceptionnel. En la faisant entrer dans l’univers du cristal, la Maison propose une nouvelle lecture de la sculpture, où la lumière, la transparence et le travail de la matière viennent prolonger le langage de l’artiste.
Fang Lijun, l’individu face au monde
Figure majeure de l’art contemporain chinois, Fang Lijun s’est imposé dès les années 1990 avec un langage visuel immédiatement reconnaissable. Associé au mouvement du « réalisme cynique », il développe une œuvre traversée par les questions de l’identité, de la condition humaine et de la place de l’individu dans la société.
Ses personnages à la tête rasée sont devenus une véritable signature. Leur apparente neutralité contraste avec la complexité des situations dans lesquelles ils apparaissent. Ils peuvent rire, crier, bâiller ou sembler perdus dans leurs pensées. Derrière ces attitudes simples se dessine une réflexion plus profonde sur l’existence et sur la manière dont chacun tente de trouver sa place dans un monde en perpétuelle transformation.
Avec Yawning Man, Fang Lijun transforme ainsi un geste universel en une forme de déclaration silencieuse.
Le bâillement peut évoquer l’ennui, la fatigue ou le détachement. Mais il peut aussi être perçu comme une manière de suspendre les conventions, de refuser momentanément les attentes du collectif et de laisser apparaître une forme d’authenticité.
Yawning Man, de la toile au volume, du geste à la matière
Transposer l’univers de Fang Lijun dans le cristal représente un défi particulier.
La sculpture impose de conserver la puissance expressive de la figure tout en exploitant les propriétés d’une matière qui possède ses propres contraintes et son propre langage. Le cristal introduit une nouvelle dimension : celle de la lumière. La silhouette prend du volume. Les surfaces deviennent des espaces de réflexion. Les détails se révèlent différemment selon l’angle du regard.
Le travail des artisans devient alors essentiel. Leur rôle n’est pas seulement de donner forme à un matériau, mais de traduire une intention artistique dans une matière vivante et exigeante.
La cire perdue, un savoir-faire au service de l’œuvre
Pour les sculptures d’exception de cette collaboration, Lalique met en œuvre la technique ancestrale de la cire perdue.
Chaque pièce est façonnée à partir d’un moule unique, permettant de restituer avec précision les volumes et l’expression de Yawning Man. Le travail du verre chaud constitue la première étape de cette transformation. Vient ensuite tout un travail de finition à froid : taille, sablage et polissage permettent de modeler les surfaces et de faire vibrer la matière.
Une surface polie peut devenir presque miroir tandis qu’une surface sablée absorbe davantage la lumière et révèle une texture différente. Ainsi, l’expression de Fang Lijun rencontre le geste des artisans Lalique. Le visage de l’homme qui bâille conserve son caractère brut et presque provocateur, mais son passage dans le cristal lui confère une présence nouvelle, plus silencieuse, presque suspendue.
La couleur comme nouvelle dimension
La collection est proposée en quatre interprétations chromatiques : bleu, ambre, vert et rose.
À travers ces quatre coloris, la lumière devient partie intégrante de l’œuvre. Chaque nuance modifie la perception de la sculpture, son intensité et sa relation avec son environnement.
Le bleu accentue la dimension presque contemplative de la figure ; l’ambre apporte une chaleur particulière au cristal ; le vert dialogue avec la profondeur et la transparence de la matière ; le rose introduit une tonalité plus inattendue, presque fragile.
Ces variations donnent à chaque sculpture une présence singulière. Elles soulignent également l’un des principes fondamentaux du cristal Lalique : la matière évolue avec la lumière et avec le regard.
L’exception d’une édition limitée
Les sculptures Yawning Man réalisées selon la technique de la cire perdue sont éditées à seulement 8 exemplaires dans chacun des quatre coloris.
Chaque pièce est numérotée (8 exemplaires par coloris) signée et accompagnée de son certificat d’authenticité. Cette production volontairement limitée inscrit la collaboration dans le champ de l’art contemporain et de la collection. (25 000 €)
Une seconde version de Yawning Man, de dimensions plus réduites, complète cette proposition. Réalisée à partir d’un moule en acier et proposée en cristal incolore, elle offre une interprétation plus intime de l’œuvre, tout en conservant son identité et sa force expressive. (2500 €)
Lalique Art, un laboratoire de création
La collaboration avec Fang Lijun s’inscrit dans une histoire plus vaste.
Depuis plusieurs années, Lalique Art invite des artistes aux univers radicalement différents à expérimenter avec le cristal. Zaha Hadid, Damien Hirst, Anish Kapoor, Yves Klein, Arik Levy, Terry Rodgers ou encore James Turrell ont ainsi dialogué avec la Maison autour de projets où le savoir-faire verrier devient un véritable outil de création.
Chaque collaboration apporte son propre langage. Certaines interrogent la forme, d’autres la lumière, la couleur, l’espace ou la perception. Toutes ont cependant un point commun : elles permettent au cristal de sortir de son rôle traditionnel d’objet décoratif pour devenir une matière artistique à part entière.
Avec Fang Lijun, cette ambition prend une dimension particulière. Son œuvre, profondément ancrée dans les questionnements de l’art contemporain chinois, rencontre une tradition verrière française façonnée depuis plusieurs générations.
Quand deux cultures du geste se rencontrent
Cette collaboration est aussi celle de deux histoires artistiques.
D’un côté, Fang Lijun et son regard sur l’individu contemporain, nourri par les bouleversements de la Chine des dernières décennies. De l’autre, Lalique, Maison fondée en 1888 par un artiste qui avait lui-même fait de l’innovation et du dialogue entre art et artisanat le cœur de sa démarche.
Plus d’un siècle plus tard, cette philosophie demeure. Dans la manufacture historique de Lalique en Alsace, les artisans donnent vie à une œuvre imaginée par un artiste chinois. Le geste de Fang Lijun est transformé, non pas pour être domestiqué, mais pour être révélé autrement.
Le cristal ajoute de la lumière à l’œuvre. Il en accentue les volumes, en souligne les tensions et en transforme la perception.
Une œuvre à regarder… et à laisser agir
Face à Yawning Man, le regard est d’abord arrêté par le geste. Puis vient une forme d’interrogation.
Pourquoi bâiller ? Que signifie ce visage ? Est-il fatigué, amusé, indifférent, libre ? Est-il en retrait ou, au contraire, en train de nous provoquer ?
Le cristal ralentit encore cette rencontre. Il invite à tourner autour de la sculpture, à observer ses surfaces, ses transparences et ses nuances. La lumière change, et avec elle l’œuvre.
C’est peut-être là que réside toute la pertinence de cette collaboration. Fang Lijun donne au cristal une figure qui interroge notre rapport au monde. Lalique lui donne une matière qui ne cesse de changer sous nos yeux.
Entre la pensée de l’artiste et la main de l’artisan, entre l’art contemporain et le patrimoine verrier, Yawning Man devient ainsi bien davantage qu’une sculpture transposée en cristal : une œuvre nouvelle, née d’un dialogue entre deux univers.
Une œuvre où un simple bâillement devient lumière.
Véronique Spahis