Avec La Tentazione (tit. orig. La Gioia), Nicolangelo Gelormini confirme que la réalité est une inépuisable source d’inspiration pour le cinéma.
Pour écrire cette fiction, Benedetta Mori, Giuliano Scarpinato et Chiara Tripaldi se sont librement inspirés de l’affaire Gloria Rosboch, survenue il y a une dizaine d’années près de Turin. À l’époque, une professeure entame une relation avec l’un de ses anciens élèves avant que l’histoire ne prenne une tournure dramatique et ne se retrouve à la rubrique des faits divers.
Le film raconte la relation qui se tisse entre deux personnages que tout oppose. D’un côté, Gioia, une enseignante de littérature française cinquantenaire encore installée chez ses parents. De l’autre, Alessio, un élève de première au charme envoûtant qui grandit entre petites escroqueries et prostitution. Un enfant forcé de grandir trop vite et une adulte infantilisée.
Dès les premières scènes, un cours de philosophie pose implicitement l’un des dilemmes qui traverseront l’histoire : faut-il vivre au risque de tout perdre ou se préserver au prix de renoncer à ses possibles ?
À mesure qu’ils se côtoient, chacun entraîne un peu l’autre dans son univers. Elle apprend à sortir du cadre dans lequel son éducation l’a enfermée. Lui goûte aux bénéfices d’y entrer par moments. Mais au fil du récit, on comprend que l’influence va surtout dans un sens.
Car en dépit de son âge mûr, Gioia ne connaît la vie qu’à travers les livres et l’amour qu’à travers Flaubert. Le parallèle avec l’héroïne de Madame Bovary est d’ailleurs évident : son existence monotone contraste elle aussi avec une imagination nourrie de rêves romantiques.
Certains plans semblent même nous prêter son regard, dont l’état amoureux brouille la perception des événements. Ces courts passages ponctuent le film d’une étrange douceur. Malgré le malaise qui s’installe dès leur rencontre, on se surprend alors à croire qu’une issue heureuse reste possible.
Les interprétations de Francesco Colella, Valérie Golino, Saul Nanni et Jasmine Trinca participent pleinement à la réussite du film.
Quand le générique se lance, on a la sensation d’être interrompu dans son élan. On pourrait facilement rester assis là encore un moment, comme si l’histoire n’avait pas tout à fait fini de se raconter. C’est peut-être ce qui fait de La Tentazione un film qui continue à travailler le spectateur bien après sa sortie de la salle.
Manuella Sorin
Sortie en salle le 28 octobre – Durée : 1h48