Au 46 rue du Bac, sous l’œil des tigres naturalisés et des papillons sous verre, le vivant ne s’éteint jamais. C’est dans cet écrin que Charlotte Mollet installe ses métamorphoses, et l’endroit n’aurait pas pu être mieux choisi.
Lauréate du Prix Deyrolle au dernier Salon des Beaux-Arts, l’artiste vit en Nouvelle-Calédonie depuis une dizaine d’année, dont elle puise la biodiversité pour nourrir un travail qui revisite les codes de la planche anatomique. Là où la science isole, nomme et classe, elle relie et réenchante.
Le corps humain n’est plus un objet d’étude. Il devient paysage. Une aorte se change en fougère arborescente, une colonne vertébrale s’érige en architecture végétale, un bassin se creuse en récif corallien, un utérus s’ouvre en corolle…
Ces métamorphoses ne se donnent pas d’un seul coup d’œil. Il faut s’approcher, suivre du regard chaque nervure, chaque ramification, chaque texture, pour saisir où s’arrête l’organe et où commence la plante. C’est un travail qui demande au visiteur la même patience que celle déployée par l’artiste : rien n’est esquissé, tout est construit, veine après veine, fibre après fibre.


La technique époustoufle. Sur fond noir, elle appose au crayon blanc, par touches successives, des formes qui émergent comme des présences vivantes. Ce n’est pas l’ombre qui construit l’image mais la lumière. Le geste, patient et précis, donne à ces planches une dimension à la fois scientifique et poétique.
Il y a quelque chose de presque évident à voir ce travail prendre place ici, entre les vitrines centenaires et les collections historiques de la maison Deyrolle. Charlotte Mollet prolonge à sa manière une tradition de l’observation du vivant, tout en la déplaçant vers le territoire du rêve. Son travail rend hommage à la biodiversité exceptionnelle et célèbre l’harmonie fragile entre l’humain et le vivant.
Lise Morlon
Du 23 septembre au 28 octobre 2026
Deyrolle, 46 rue du Bac, 75007 Paris
Du lundi au samedi de 10h à 19h