L’Asie du parfum s’installe à Paris : 26 maisons pour découvrir une nouvelle scène olfactive

Du 26 septembre au 31 octobre 2026, KAMS Paris accueille « L’Asie du parfum », une résidence olfactive réunissant 26 maisons venues de différentes scènes asiatiques. Une occasion de découvrir des créateurs qui puisent dans leurs cultures, leurs paysages, leurs souvenirs et leurs traditions pour imaginer une parfumerie contemporaine qui ne cherche plus à se définir uniquement à travers les codes occidentaux.

À Paris, capitale historique de la parfumerie, une autre géographie olfactive s’invite au cœur du quartier de l’Opéra. Du 26 septembre au 31 octobre 2026, KAMS Paris accueille un pop-up consacré à la création parfumée asiatique. Après l’Asia Perfume Show organisé par Notes Shanghai et Nez, 26 maisons prolongent l’expérience dans le cadre d’une résidence conçue comme un véritable espace de découverte, de rencontre et de transmission.

L’événement réunit principalement des maisons chinoises, mais aussi des signatures venues de Thaïlande, de Corée et du Japon : 23 marques chinoises, une thaïlandaise, une coréenne et une japonaise sont annoncées.

Une parfumerie asiatique qui refuse l’uniformité

Parler de « parfumerie asiatique » pourrait laisser croire à un univers homogène. C’est précisément ce que l’événement cherche à éviter.

Les 26 maisons présentées chez KAMS Paris revendiquent au contraire une grande diversité d’approches. Certaines travaillent autour de la mémoire et du voyage, d’autres puisent dans la botanique, la philosophie, la spiritualité, l’histoire ou encore les paysages chinois. Leurs créations peuvent évoquer un lieu, un souvenir personnel, une figure historique ou une expérience intime.

Chez Cottee, par exemple, le parfum naît de la mémoire d’un café de quartier à Shanghai. La maison a travaillé pendant deux ans et demi pour recréer l’odeur du café fraîchement moulu et développe également la collection Traveler’s Plan, inspirée des villes visitées par sa fondatrice, de Shanghai à Tokyo, Bangkok, Singapour ou Jeju.

Chez To Define, le parfum devient davantage un langage personnel. Fondée en 2020, la maison chinoise s’inspire de la philosophie orientale et de la pensée poétique pour transformer souvenirs, émotions et expériences quotidiennes en récits olfactifs.

Outis, fondée à Xi’an en 2023, explore quant à elle la reconnexion à soi à travers les sagesses orientales, la théorie des Cinq Éléments, la médecine traditionnelle chinoise, mais aussi le Tarot et l’astrologie.

Autant d’exemples qui montrent que l’étiquette « parfum asiatique » recouvre en réalité des univers créatifs très différents.

Du xiāng à la parfumerie contemporaine

Pour comprendre cette nouvelle scène, il faut également regarder du côté de l’histoire.

En Chine, la culture de la fragrance possède une histoire ancienne. Le terme xiāng 香 désigne la matière odorante et renvoie à des pratiques qui ont accompagné pendant des siècles les cérémonies, les pratiques spirituelles et médicinales, mais aussi la vie quotidienne et l’art de vivre des lettrés. Bois, résines, plantes et épices étaient brûlés, chauffés ou assemblés selon des gestes précis.

Les jeunes maisons présentées à Paris utilisent cet héritage comme une matière créative, un vocabulaire qu’elles confrontent aux techniques contemporaines, à de nouvelles matières et à leurs propres récits.

Chu Jian, par exemple, revendique cette volonté de créer des « parfums chinois » à partir de l’histoire, de la culture, des paysages et du monde naturel du pays. La maison souhaite ainsi donner à la parfumerie de niche chinoise une place dans le langage olfactif international.

Voice From the Sky, créée par le parfumeur Feng Tianle, procède d’une manière comparable. La maison réinterprète les traditions de la parfumerie chinoise à travers des compositions contemporaines associant matières traditionnelles, bois précieux et résines. Les créations s’appuient également sur des émotions et des souvenirs personnels.

Le parfum comme récit

Cette dimension narrative traverse une grande partie de la sélection.

Chez Bu Feng, fondée par la parfumeuse Lan Xiao, le vent devient un symbole de mouvement, de liberté et de transmission. Sa collection STANCE rend hommage à des personnages historiques chinois et transforme leurs histoires, leurs personnalités et leurs époques en récits olfactifs.

Le parfum Holding the Sword, par exemple, s’inspire de Cao Cao, figure historique chinoise dont le dossier souligne la dimension à la fois héroïque et controversée. La fragrance associe safran, accord métallique, rose et bois de cèdre à un récit autour du pouvoir, de la stratégie et de l’ambition.

Chez Dusita, la narration prend une forme plus poétique. Fondée par la parfumeuse thaïlandaise Pissara Umavijani, la maison puise dans les poèmes de son père, le poète Montri Umavijani. Ses créations associent souvenirs, émotions et références à la culture siamoise à une écriture de haute parfumerie.

Une nouvelle génération de parfumeurs

Cette évolution est également portée par des créateurs dont les parcours relient plusieurs cultures et plusieurs traditions de la parfumerie.

Feng Tianle, parfumeur de Voice From the Sky, est né dans une famille de parfumeurs chinois et a été formé à l’ISIPCA à Versailles. Après son retour en Chine, il lance sa marque personnelle en 2023 et fonde le Chinese Perfumers Youth Club.

Pissara Umavijani a, elle aussi, construit un parcours entre la Thaïlande et la France. Installée à Paris depuis 2011, elle se forme à la parfumerie avant de créer Parfums Dusita en 2016. Ses compositions associent l’élégance de la parfumerie française classique à des références et matières liées aux traditions olfactives thaïlandaises.

Quant à Lan Xiao, créatrice de Bu Feng, elle a été formée en France et aux États-Unis et pratique également l’art traditionnel chinois de la création d’encens. Son travail revendique une identité à la fois ancrée dans la culture chinoise et ouverte à une expression universelle.

Ces parcours illustrent une circulation des savoir-faire qui ne fonctionne plus nécessairement dans un seul sens. Les créateurs asiatiques peuvent être formés en Europe, travailler avec des acteurs internationaux et, dans le même temps, réinvestir leurs propres héritages culturels dans des créations contemporaines.

Paris comme point de rencontre

Installée depuis les années 1960 au 6 avenue de l’Opéra, KAMS défend aujourd’hui une parfumerie de niche indépendante et internationale. Son espace devient, pendant plus d’un mois, un lieu d’exploration consacré à ces nouvelles écritures olfactives.

La sélection a été accompagnée par Samuel Rolland, parfumeur indépendant, fondateur du studio STERAN et conseiller olfactif de KAMS Paris. Formé aux Olfactines et passé par Le Nez Insurgé, il accompagne les visiteurs dans la découverte des créations et de leur construction olfactive.

Son approche résume bien l’ambition de la résidence : ne pas présenter « la » parfumerie asiatique comme un bloc, mais donner à entendre la singularité de chaque maison.

Cette volonté se traduit aussi par la présence de sept marques appelées à poursuivre leur aventure chez KAMS Paris après le pop-up, parmi lesquelles Ebers Papyrus, Cottee, Voice From the Sky, To Define, Outis, Bu Feng et Dusita.

Une scène asiatique qui entre dans la conversation internationale

Avec ses 26 maisons, « L’Asie du parfum » donne surtout à voir une scène en pleine affirmation.

Les créateurs présentés revendiquent leurs propres histoires, leurs matières, leurs traditions et leurs imaginaires, tout en participant à un marché devenu international.

La résidence parisienne agit ainsi comme un point de rencontre entre plusieurs histoires de la parfumerie. Pendant cinq semaines, amateurs, professionnels et curieux pourront découvrir ces créations, les sentir, les comparer et, surtout, prendre le temps d’en comprendre les univers.

Une invitation à regarder la parfumerie asiatique comme un ensemble de voix créatives dont la diversité commence à trouver une place visible dans le paysage international du parfum.

Véronique Spahis

Du 26 septembre au 31 octobre 2026


KAMS Paris — 6 avenue de l’Opéra, 75001 Paris — niveau -1
Horaires : 10 h – 19 h – Entrée gratuite – Les créations présentées sont disponibles à la découverte et à la vente pendant toute la durée du pop-up.