Cet été, la cité médiévale de Provins, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, se pare d’un nouveau rendez-vous culturel. Du 27 juin au 27 septembre 2026, le festival « Comme des images » investit quatre lieux emblématiques de la ville basse pour sa toute première édition.

Initié par Sabine Guédamour et Sébastien Mariau, un duo de passionnés installés à Provins depuis 2021, ce festival entend mêler photographie contemporaine et patrimoine. Après avoir créé en 2023 le salon des métiers d’art « Les Rencontres de Provins », ils reviennent à leur vraie passion et offrent à la ville un événement qui manquait au paysage culturel local. Car Provins, ville demandeuse de culture, méritait bien cela : un festival qui garde le beau et la qualité accessibles à tous et toutes, tout en dynamisant la ville basse.
« Comme des images » prends donc place dans quatre lieux phares de Provins, chacun n’étant séparés que de quelques pas. Le parcours débute à la gare, à l’Espace du Provinois. Le festival met un focus sur la photographie de mode avec une sélection de tirages d’Erwin Blumenfeld. Né à Berlin en 1897, ce photographe a marqué l’après-guerre par son répertoire singulier de formes et de couleurs, trempé de surréalisme, s’inspirant des corps féminins et de la mort. Malgré la frivolité de la mode, sa quête n’était pas le réalisme, mais le mystère du réel.


L’exposition met l’accent sur la photographie couleur qu’il développa durant son séjour à New York entre 1941 et 1960, période qui lui apporta une renommée internationale. L’accrochage témoigne de l’expérimentation inlassable qu’entreprenait le photographe : entre double exposition, distorsion, solarisation, Blumenfeld transforme ses compositions en images d’une modernité saisissante.
Le festival se poursuit ensuite à l’Atelier Galerie Guédamour qui met à l’honneur le travail d’Estelle Lagarde avec son exposition intitulée « Entre ». Architecte de formation reconvertie dans la photographie, Estelle Lagarde sort des représentations du réel pour nous plonger dans des lieux énigmatiques. Sa série, réalisée à la chambre photographique 4×5 inch entre 2018 et 2020 à l’Abbaye de Chéhéry, interroge la trace, la mémoire que nous imprimons aux lieux.


Dans cet édifice entre abandon et restauration, des formes fantomatiques s’extirpent des murs délavés. L’artiste entreprend une réflexion profonde sur la vulnérabilité humaine et les bâtiments. Elle tisse un lien entre les corps humains et les corps des bâtisses, deux corps qui disparaissent. Estelle Lagarde intègre des formes humaines dans les bâtisses abandonnées pour insuffler la vie à ces décors qui racontent l’histoire et inventent des récits.
Sa dernière série, quant à elle, explore également la distorsion spatiale à travers miroirs, axes verticaux, ouvertures et fermetures de l’espace. Le titre « Entre » résume parfaitement cet entre-deux : entre-deux temps, entre-deux espaces, entre-deux vies.


Cœur battant du festival, l’église Sainte-Croix rouvre ses portes après quarante ans de fermeture pour accueillir la restitution de la résidence d’artiste confiée au photographe Fred Delangledont le projet était de réaliser le portrait de Provins la nuit, dans un état de calme absolu. « C’est hors du bruit du monde que Provins dévoile pleinement sa richesse architecturale », explique-t-il. Une déambulation nocturne qui permet de revisiter le patrimoine médiéval et de restituer l’atmosphère authentique de la cité, libérée de l’agitation contemporaine. En dressant le portrait d’un Provins nouveau, la nuit crée des ambiances propices à la rêverie et ouvre l’imaginaire.




Également dans l’église Sainte-Croix, une projection rend hommage au photojournalisme avec la projection en continue d’une vingtaine d’images emblématiques de René Burri, membre historique de l’agence Magnum. On y redécouvre le Che avec son cigare, les hommes marchant sur le toit d’un building à São Paulo, les plages de Copacabana, et des photographies en couleurs constituant une face moins connue de son œuvre.
Le parcours s’achève à la médiathèque Alain Peyrefitte qui accueille l’exposition collective « Paysages rêvés », une invitation au voyage à travers la magie de la photographie. Sept artistes contemporains aux univers singuliers se répondent en utilisant des procédés historiques du médium.



On y découvre les cyanotypes nostalgiques d’Aassmaa Akhannouch, les tirages Fresson de Grégor Beltzig sur la Route de la Soie, les ferrotypes de Florence D’elle sur les origines en Norvège, les photographies colorisées à l’aquarelle d’Irène Jonas, les maîtrises du platine palladium de Jens Knigge et Takeshi Shikama, et les gommes bichromatées de Laurent Millet. Chaque technique raconte une étape de l’histoire de la photographie, offrant un voyage à la fois géographique et pédagogique.



Avec cette première édition, « Comme des images » pose les bases d’un rendez-vous annuel incontournable. Sabine et Sébastien, profondément attachés à Provins, ont réussi à tisser un réseau local basé sur la confiance et le professionnalisme pour offrir un festival qui allie exigence artistique et accessibilité. Une belle promesse pour les années à venir.
Elisa Camus
du 27 juin au 27 septembre 2026
Pôle Gare – Espace Provinois, Gare SNCF – Avenue Jean-Jaurès, 77160 Provins
Vendredi, samedi, dimanche : de 14h à 18h
Atelier Galerie Guédamour, 12 Rue Hugues le Grand, 77160 Provins
Du lundi au mercredi sur rendez-vous – Jeudi et vendredi de 14h à 19h – Samedi de 10h à 12h30 puis de 14h à 19h
Eglise Sainte-Croix, 12 Rue Sainte-Croix, 77160 Provins
Vendredi, samedi, dimanche : de 14h à 18h
Médiathèque Alain Peyrefitte, 23 Rue des Marais, 77160 Provins
Mardi de 15h à 18h, Mercredi de 10h à 18h, Jeudi de 15h à 18h, Vendredi de 15h à 20h,
Samedi de 10h à 18h, Dimanche de 10h à 13h – Fermée le lundi et tout le mois d’août.