« L’être et le néon » : un triptyque du travail de Julie Glassberg au Carré de Baudouin

Soutenu par la mairie du 20e arrondissement de Paris, le Carré de Baudouin accueille du 19 juin au 3 octobre 2026 le travail de la photographe Julie Glassberg dans l’exposition « L’être et le néon ». Cet événement rassemble des photographies de l’artiste prises entre 2009 et 2024 et réparties en trois séries photographiques : « Dekotora » (2015 à 2023), « Bike Kill » (2009 à 2012) et « Stayin’ Alive » (2022 à 2023).

Le parcours débute avec la série « Stayin’ Alive », une série ayant pour point de départ les thés dansants et ceux qui les fréquentent : des personnes dont l’âge n’empêche pas de vivre, danser et aimer. Dans une société où l’âge est perçu comme un fardeau, les personnes dont Julie Glassberg raconte les histoires décident de ne pas cesser de vivre une fois passé l’âge de la retraite.

Comme l’ensemble de l’exposition, « Stayin’ Alive » est pensée comme une expérience immersive : musique et enregistrements audio prolongent l’expérience et le récit de ces personnes qui n’attendent pas qu’on leur donne la permission pour célébrer la vie. Nous sommes invités à nous asseoir à différentes tables sur lesquelles sont disposés photos et tickets faisant le portrait de différents habitués et habituées des bals et thés dansants. Il est possible de les écouter, dans des casques, raconter des anecdotes qu’ils et elles rattachent à ces lieux synonymes de liberté.

L’exposition se poursuit ensuite avec « Bike Kill », un travail photographique en noir et blanc qui fait le récit du premier club de vélo « hors la loi », le Black Label Bike Club créé en 1992 à Minneapolis. Julie Glassberg en fait un portrait de l’intérieur, montrant des individus avec une soif de liberté et de rapports humains simples, derrière l’image parfois autodestructrice qu’on leur attribue (qui a parfois sa part de vrai). Ces jeunes gardent une vision éclairée du monde dans lequel ils vivent : ils résistent à la société de consommation et à l’obsession pour la technologie dans une démarche punk, grunge et hippie.

Julie Glassberg explique, à travers cette section, son amour pour les « excentriques », ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Elle suit une ramification new-yorkaise du Black Label Bike Club de 2009 à 2012, ce qui lui a permis de rassembler un ensemble de photographies dressant une vision de ce club émouvante et touchante. L’artiste fait un portrait nuancé de ces personnes qui n’ont qu’une volonté : expérimenter les rapports humains en toute liberté.

La scénographie de « Bike Kill » est très justement pensée pour le sujet, avec une accumulation d’images qui témoigne d’un mode de vie à cent à l’heure.

Enfin, l’exposition s’achève avec la série « Dekotora ». Cette fois, Julie Glassberg part au Japon pour suivre le groupe Utamarokai, membre de la communauté du dekotora (« camion décoré »). Né dans les années 60 dans un but commercial, le dekotora désigne ces camions ornementés de lumières et de peintures, véritables spectacles de couleurs vives. Ce mouvement a donné lieu à une communauté partageant l’amour de ces géants de lumière, communauté dont les membres se retrouvent régulièrement pour présenter leurs créations avec beaucoup de fierté, lors d’événements servant souvent des causes caritatives, telles que l’aide aux victimes du séisme de 2011.

Dans la société japonaise où il n’est jamais bon de s’éloigner des sentiers battus, le monde du dekotora reste ignoré, subissant une image de « mauvais garçons ». La culture de ces camions colorés a pourtant été popularisée avec la série de films « Torakku Yarō », sortis de 1975 à 1979 et participant à inscrire le dekotora dans la culture populaire japonaise.

Au même titre que pour la série « Bike Kill », en suivant les membres de la communauté et en s’y intéressant au-delà des clichés, Julie Glassberg nous montre à travers son objectif un monde empreint de poésie et de sensibilité profonde, où les individus décident de vivre pour leur passion et pour donner vie à un rêve d’enfant. Dans la salle de la section « Dekotora » on peut d’ailleurs entendre l’hymne des conducteurs des camions décorés : « Ichiban Boshi Burusu » (le blues de la Première Etoile ») dont un passage dit justement : « Laisse-moi exploser et faire jaillir une multitude d’étoiles filantes ».

L’exposition continue à l’extérieur du Carré de Baudouin, sur les murs du bâtiment. Cela met en exergue la résonance avec la multiculturalité du 20e arrondissement, un endroit qui s’est imposé comme un environnement naturel pour accueillir le travail de Julie Glassberg, elle qui montre justement des espaces d’affirmation où les identités se construisent dans l’action.

Plus qu’un travail documentant des subcultures, les photographies de Julie Glassberg rendent compte, avec beaucoup d’affect, de la force vitale et de la soif de liberté comme fil rouge reliant des individus du monde entier. Les communautés dont on apprend le récit entrent en résonance avec les mots de Sartre : « l’Homme n’est rien d’autre que ce qu’il fait».

Elisa Camus

Exposition du 19 juin au 19 septembre 2026

Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris

Entrée libre – Du mardi au samedi de 11h à 18h (Le jeudi de 11h à 20h30) – (Fermeture estivale du 10 au 24 août 2026 inclus)

pavilloncarredebaudouin.fr