L’Ogrelet : un spectacle plein d’émotion

La compagnie du Théâtre de Paille propose au Théâtre de l’Essaïon une mise en scène de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, signée Christophe Laparra et interprétée par Patricia Varnay et le metteur en scène lui-même. Un spectacle à la fois sensible et initiatique, accessible dès huit ans, qui entraîne petits et grands présenté du 21 mars au 03 juin 2026. 

L’ogrelet raconte l’histoire d’un jeune garçon de six ans qui a toujours vécu seul dans la forêt avec sa mère. Le jour où il commence à aller à l’école, il se rend compte de sa différence : il est en réalité le fils d’un ogre, que sa mère a profondément aimé. Pour se délivrer de son “ogreté” et de son désir grandissant de sang frais, il doit affronter trois grandes épreuves dont il sortira transformé et plus fort.

On suit alors le périple initiatique de ce petit garçon, accompagné par sa mère omniprésente et extrêmement protectrice, rongée par l’inquiétude et désireuse de le garder éloigné de cet aspect inquiétant de son identité. 

Le texte de Suzanne Lebeau met en lumière un message important : celui du danger des désirs non maîtrisés, qu’ils concernent l’Ogrelet, sa mère dans son excès de protection, ou plus largement chacun d’entre nous. Le spectateur accompagne ainsi le jeune héros dans une véritable quête initiatique, au cours de laquelle il apprend à se construire, à accepter sa différence en allant au-delà de cet aspect de son identité et à s’émanciper progressivement. La pièce aborde avec finesse le thème universel de la construction de soi et de l’émancipation de l’enfant.

Magnifiquement interprété par les deux comédiens, le texte offre poésie et émotion. Leur jeu est remarquable : ils déploient toute l’énergie pour porter cette belle histoire, notamment auprès du jeune public. Le pari est pleinement réussi puisque les spectateurs sont submergés par un large éventail d’émotions, du rire à la peur, avec une grande justesse. 

Le décor mobile se compose d’un ensemble de vieilles caisses en bois montées sur des roulettes créant une atmosphère intime qui évoque les maisons traditionnelles des contes.  La lumière douce et tamisée renforce cette impression chaleureuse et enveloppante, avec tout de même ce côté quelque peu glaçant de la forêt. Modulable, le décor permet de représenter successivement la maison de l’Ogrelet de sa mère, les espaces extérieurs mais aussi les coulisses volontairement visibles par le spectateur. Ce choix met en valeur des artifices théâtraux assumés, qui participent pleinement à la magie de la représentation.  

Les costumes s’inscrivent eux aussi dans l’imaginaire du conte, mêlant réalisme et dimension symbolique. Le moment où les deux personnages changent les vêtements qu’ils portaient depuis le début du spectacle marque un véritable tournant dans le récit et souligne l’évolution de leur histoire identitaire et intime. 

Le spectacle séduit également par la richesse de ses propositions artistiques, intégrées avec justesse à la mise en scène.  Entre jeu de marionnettes, utilisation de masques et projection vidéo, l’imaginaire du spectateur est constamment sollicité. Les projections sont particulièrement efficaces : elles accompagnent notamment certaines scènes, comme l’orgelet sur le chemin de l’école, mais servent aussi à annoncer les différents chapitres du conte, permettant ainsi aux enfants de mieux comprendre les étapes du récit. 

L’ambiance du conte est enfin intensifiée par le travail sonore, qui apporte une dimension supplémentaire à la représentation et soutient de manière efficace les moments clés de l’histoire.

Finalement, l’Ogrelet est un conte comme on les aime :  accessible à tous, sensible et réconfortant, qui en dit bien plus sur nous-mêmes et sur la vie qu’il n’y paraît au premier abord. Un spectacle touchant et intelligent, qui séduit aussi bien les enfants que les adultes.  

Suzanne Assous-Boulanger

Du 21 mars au 03 juin 2026 

Samedi et Dimanche : 14h15, dates supplémentaires sur le site 

Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris