Depuis 2012, le concours Ateliers d’Art de France révèle chaque année le talent de dizaines d’artistes et artisans de tout le territoire français à travers deux catégories, Patrimoine et Création.
La récompense de la catégorie Patrimoine se destine aux professionnels pouvant présenter une oeuvre originale, de restauration ou de conservation qui fait honneur à un savoir-faire traditionnel. La récompense de la catégorie Création, quant à elle, concerne la présentation d’une oeuvre originale utilitaire ou non qui laisse transparaître un travail de la matière et la maîtrise d’une technique et s’appuie davantage sur une démarche artistique.
Pour cette 15ème édition du concours, les Ateliers d’Art de France se sont alliés avec la Fabrique de la Flèche pour faire rayonner les talents de demain. L’un des plus grands chantiers patrimoniaux d’Europe, celui de la reconstruction de la tour nord et de la flèche de la Basilique de Saint Denis, tombeau des rois et reines, croise les gestes contemporains des artistes et artisans d’aujourd’hui et fait rayonner les savoir-faire ancestraux.
Cette collaboration entre la Fabrique de la Flèche et le concours de renom des Ateliers d’Art de France est significative faisant écho au temps où les cathédrales étaient synonymes de centre de construction, de science, de création. Elle montre que ce temps est loin d’être révolu et que la Basilique de Saint-Denis constitue un lieu vivant en constant mouvement qui fait parler le passé en regardant vers l’avenir.
Le lundi 18 mai s’est donc tenue la remise des prix, présentée par Carole Fraile (Ateliers d’Art de France)et Nicolas Matyjasik (Directeur de Suivez la Flèche). Le jury, composé de Axelle Poulailler (Plaine Commune), Romain Gazzola (L’Orfèvrerie), Sylvéric Laumond (H Chevalier), Marion Saussier et Agnès Sevestre (A.S Bronze d’Art), a désigné comme lauréats 2026 des Ateliers d’Art de France Marion Fillancq dans la catégorie Création et Adrien Jaminet dans la catégorie Patrimoine.
Marion Filancq est une artiste créatrice de bijoux dont l’atelier se situe à Saint-Denis et qui, pour l’occasion, a présenté son oeuvre « B.A.M. (Beautiful and Meaningful) », un collier composé de quinze perles taillées dans le miroir avec une technique archéologique, électroformées et plaquées or. Pour créer ses « bijoux-œuvres », Marion Filancq use d’une technique de taille de la préhistoire pour extraire des perles dans le miroir.
Elle questionne ainsi le geste et le temps, le geste qui perdure à travers les millénaires et le temps qui subsiste dans le geste. Elle parle elle-même du « temps du geste » et du « geste du temps ». Marion Filancq rend hommage ainsi à l’artisanat lui-même dont c’est bien tout l’enjeu. En intégrant des techniques comme l’électroformage, c’est aussi un clin d’oeil à la basilique au pied de laquelle elle a pu présenter ce magnifique objet. Le monument vénérable a su traverser les années et compte à présent sur le savoir-faire traditionnel de dizaines d’artisans, qui allient patrimoine historique et procédés technologiques modernes pour élever à nouveau la tour et la flèche, autrefois symbole de la Basilique de Saint-Denis.
Adrien Jaminet, facteur de cuivre, a présenté quant à lui son modèle de trompette Lucien. En honneur à ses deux arrière-grands-pères, Lucien Bouget et Lucien Clause, tous deux figures emblématiques de Brétigny-sur-Orge (91), Adrien Jaminet a conçu ce modèle qu’il décrit comme souple, facile et polyvalent pour tous les niveaux d’apprentissage et pour tous les styles, de la musique classique au jazz en passant par la variété.
Adrien Jaminet parle de la trompette Lucien comme d’un instrument porteur de sens qui crée un lien entre « le savoir-faire d’hier et les musiciens d’aujourd’hui ». C’est pour rendre hommage à sa ville natale à laquelle il est très attaché, Brétigny-sur-Orge, dans laquelle il a installé un de ses ateliers, qu’il conçoit sa trompette, beau modèle équilibré pensé pour son esthétisme.
Ses deux arrière-grands-pères ont fait partie intégrante de l’histoire locale : Lucien Clause est connu pour avoir développé l’industrie du jardin avec sa marque « Clause », et Lucien Bouget marqua la ville par son engagement dans la musique, en tant que chef de la fanfare municipale et fondateur de l’école de musique.
Il est évident que les prix de la 15e édition du concours des Ateliers d’Art de France sont marqués par cette nécessité de faire perdurer des savoir-faire qui traversent les âges.
Il est maintenant question de transmission et de faire perdurer ces maîtrises en les adaptant aux techniques contemporaines.
Elisa Camus
