Après avoir exploré les fondations géométriques de son travail en 2024, la galerie Ketabi Bourdet met en lumière une période charnière de Guy de Rougemont (1935-2021). L’exposition La ligne Serpentine dévoile comment l’académicien a délaissé la rigueur pour la souplesse du mouvement, à travers une sélection de peintures et de sculptures réalisées entre la fin des années 1990 et les années 2000.

Si son travail s’est longtemps structuré autour d’un travail méthodique sur les ellipses, les cylindres et les surfaces tramées, l’apparition de la ligne serpentine vient bouleverser l’architecture même de ses compositions. Souple et mouvante, cette forme assouplit les structures, libère le geste et modifie radicalement l’usage de la couleur. Jusqu’alors appliquée en aplats francs, celle-ci se nuance désormais pour laisser apparaître de subtils jeux d’ombre et de lumière.





Dans ces œuvres, le regard n’est plus fixé sur un point unique mais circule en suivant les sinuosités de la ligne. Rougemont renoue ainsi avec la tradition de la linea serpentinata théorisée au XVIᵉ siècle par les peintres maniéristes italiens, tels que Pontormo, Bronzino ou encore Parmigianino. Comme chez ces maîtres, la courbe porte une tension interne qui anime chaque création.
Introduite progressivement à partir de 1999, la serpentine apparaît d’abord fine et souple, dialoguant avec les larges aplats colorés et les effets de transparence que Rougemont développe depuis les années 1980. À partir de 2003, elle s’affirme davantage : plus ample, elle investit pleinement la surface. Loin de marquer une rupture stylistique, cette transformation prolonge les recherches de l’artiste en les enrichissant.

« Usage tardif mais décisif, la ligne serpentine apparaît aujourd’hui comme la forme la plus juste pour exprimer ce qui traverse toute l’œuvre de Rougemont : une peinture de la durée, du mouvement et de la vie », souligne Julie Goy, historienne de l’art en charge du catalogue raisonné de l’artiste, et par ailleurs rédactrice pour It Art Bag (!). À travers ces œuvres, l’artiste démontre que son abstraction n’a jamais été figée : elle demeure au contraire traversée par une énergie continue, vitale.
Par ailleurs, Guy de Rougemont semble aujourd’hui connaître un regain d’attention. À Nanterre, l’hôpital Max-Fourestier conserve depuis près de trente ans une œuvre monumentale de l’artiste : Les Cent Images, un ensemble de toiles long de 300 mètres. L’ensemble vient de remporter le concours du Plus Grand Musée de France, une distinction qui permettra d’engager la restauration de cette installation exceptionnelle.
Lise Morlon
5 mars – 4 avril 2026
Galerie Ketabi Bourdet, 22 passage Dauphine, 75006, Paris.
