Antigone renaît au Théâtre de Poche Montparnasse 

La célèbre pièce de Jean Anouilh revient sur scène dans une nouvelle mise en scène signée Didier Long au Théâtre de Poche de Montparnasse du 14 avril au 12 juillet 2026. L’histoire d’Antigone, qui ose défier l’autorité royale au nom de la justice quitte à en laisser sa vie, résonne aujourd’hui avec une force indélébile et continue d’émouvoir le public.

Plus de quatre-vingts ans après son écriture entre 1941 et 1942, Antigone de Jean Anouilh demeure une œuvre d’une modernité saisissante. Cette pièce remise au goût du jour par le metteur en scène Didier Long frappe et résonne avec l’actualité. Dans un contexte contemporain brûlant, marqué par des tensions et des crises, Antigone pose un véritable acte de foi.  Elle aborde alors la question de comment se saisir du courage et de la résistance face à des lois qui peuvent être injustes, sans céder au compromis, en assumant pleinement ses convictions. Le personnage d’Antigone nous le démontre très justement en affirmant son choix et en gardant sa dignité, en offrant une sépulture pour son frère. Les conflits très forts entre les personnages mettent en évidence des rapports de force marqués.  

La mise en scène sublime de Didier Long est subtile et épurée, intensifiant parfaitement les mots de Jean Anouilh. On retrouve vers le fond de la scène des carrés de pierres où reviennent tous les acteurs lorsqu’ils n’apparaissent pas dans une scène. Ce choix est intéressant, car il montre que même lorsqu’un personnage n’est pas présent dans l’action, il prolonge son essence et observe ce qui se déroule. Cette impression d’intimité est très forte, mais aussi troublante.

L’art théâtral réside dans le fait que le spectacle soit vivant, et c’est réellement ce qui se produit ici. Les acteurs sont d’une justesse remarquable : même si la tragédie pourrait suggérer un jeu parfois surjoué, ce n’est absolument pas le cas, ils sont tous grandioses et d’un investissement sans borne. Antigone, interprétée par Hermine Granville, est d’une intensité saisissante, à en donner des frissons, elle porte le personnage avec une palette d’émotions exceptionnelles et transporte le public dans son histoire tragique. L’ensemble des acteurs est extrêmement impliqué : même si Antigone a un rôle central, chaque acteur existe véritablement et chacun prend la lumière à un moment phare. Cela fait qu’on se souvient réellement de chacun d’eux, parfois même les larmes aux yeux.

 On se souvient également très bien du moment où l’ensemble des acteurs forme le chœur en lui-même en annonçant dès le début que ce qui va nous apparaître n’est que tragédie. On est alors transcendé, presque glacé, tout en espérant malgré tout, de manière dérisoire, que ce ne soit pas le cas et qu’Antigone continue de vivre. Chaque personnage se voit rendre un hommage sublime grâce à une interprétation d’exception qui, même après plusieurs jours, ne sort pas de notre esprit. Ce spectacle à dimension collective est d’une intensité remarquable.

Un véritable travail esthétique est aussi rendu à travers le jeu de lumières, mais également dans les costumes : les choix visuels apportent énormément à l’atmosphère de la pièce. Les tons de lumière mêlant le rouge et le bleu confèrent une atmosphère sombre mais très puissante. L’idée des lampes suspendues au plafond, attribuées à chacun des acteurs du chœur, est particulièrement intéressante et rend une empreinte mentale forte. Les phrases du chœur restent davantage gravées dans l’esprit grâce à cette mise en lumière. 

Les costumes sont simples mais c’est justement ce qui fait leur force : ils sont intemporels et représentent parfaitement l’essence et l’identité de tous les personnages. L’esthétique est donc très réussie car elle reste sobre tout en étant efficace et puissante. 

Ainsi, Antigone, dans cette mise en scène de Didier Long, intensifie et transcende les mots du texte de Jean Anouilh, laissant au spectateur des frissons durables. La dimension poétique, associée à la dimension engagée et essentielle du texte, est particulièrement forte. Un véritable effet durable et intemporel s’impose alors : la mise en scène grave dans notre esprit l’importance que représente cette pièce aujourd’hui, à notre époque.

Suzanne Assous-Boulanger

Du 14 avril au 12 juillet 2026 

Mardi au samedi : 21h00 Dimanche 17h00 

Théâtre de poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris,