Avec « Matière à abstraction », la Galerie Christophe Person s’installe dans un nouveau lieu au 22 rue du Bac, dans l’ancien espace de la galerie Jean Fournier. Aujourd’hui, la galerie y présente une exposition qui met en avant plusieurs artistes contemporains africains et de la diaspora.
Une exposition pensée comme un dialogue avec l’abstraction
Pour cette exposition inaugurale, la galerie réunit plusieurs artistes autour d’une même idée : l’abstraction comme langage ouvert, vivant, et multiple. On y retrouve notamment Joseph Ntensibe, Donald Wasswa, Mamadou Cissé, Tiffanie Delune et Paul Ndema.
Les œuvres semblent « seulement » abstraites au premier regard, mais elles sont souvent traversées par des récits, des symboles ou des références culturelles très concrètes. L’abstraction n’est pas ici une disparition du sens, mais une autre manière de le faire circuler.
Une abstraction habitée et sensible
Chez Tiffanie Delune, artiste franco-belgo-congolaise, chaque œuvre semble tourner autour d’un même signe : une forme ronde, comme une lune, clin d’œil direct à son nom de famille. Cette forme revient souvent, presque comme une signature.
Elle place aussi toujours une silhouette féminine au cœur de ses compositions. Son travail se déploie sur plusieurs supports, toile ou papier, et mélange de nombreuses techniques. Elle associe acrylique, collage, broderie, pastels et autres matériaux, créant des surfaces riches, presque textiles. Ses œuvres donnent l’impression d’un univers intime, construit par couches successives.



Des objets qui deviennent mémoire
L’artiste ougandais Paul Ndema s’intéresse aux nattes de sol traditionnelles d’Afrique de l’Est, présentes en Tanzanie, au Kenya ou encore chez les Nubiens du Sud-Soudan. Ces objets du quotidien ne sont pas simplement décoratifs : ils portent en eux des traces de vie.
Utilisées en extérieur, les nattes accumulent la poussière, les graines et les marques du temps. Elles deviennent des surfaces vivantes, presque des archives. Pour Paul Ndema, elles racontent autant leur fabricant que leur propriétaire, et finissent par devenir une sorte d’alter ego. Il ajoute ensuite des traits, des éclaboussures et des touches de pinceau. Les couleurs sont réinterprétées librement, et chaque œuvre devient comme une carte d’identité visuelle de la natte d’origine.


Des villes imaginaires et très colorées
Avec Mamadou Cissé, l’abstraction prend la forme de villes vues du ciel. Ses compositions très colorées dessinent des espaces urbains imaginaires, faits de routes, de blocs et de circulations.
Ses dessins construisent des paysages urbains denses, où tout semble en mouvement. Les formes s’organisent comme des plans, mais laissent toujours une place à l’improvisation et à la rêverie. On y lit des villes en construction permanente, entre structure et liberté.


Joseph Ntensibe : la lumière et les formes
Le travail de Joseph Ntensibe repose sur une manière très libre de peindre. Il commence souvent par poser des couleurs de façon spontanée sur la toile, comme une base sans construction précise. Ensuite, il ajoute des formes inspirées de croquis réalisés sur le vif. Petit à petit, l’image se construit. Les couleurs se superposent et créent une impression de mouvement et de lumière.
Son travail évoque parfois des références à l’art occidental, comme l’impressionnisme ou le cubisme, mais il s’en éloigne aussi. Ses œuvres montrent des paysages en transformation, où plusieurs points de vue existent en même temps.


Donald Wasswa : formes et transformation
Donald Wasswa travaille à partir de formes et de structures inspirées de ses installations et de ses recherches. Il transforme des éléments liés à la consommation et à la matière en compositions abstraites.
Ses peintures reprennent des structures issues de ses sculptures et les traduisent en langage pictural. Il simplifie les formes pour créer des paysages abstraits qui parlent de notre rapport au monde et à la transformation des objets.


Cynthia Bellanger
Jusqu’au 13 juin 2026
Galerie Christophe Person, 22 rue du Bac, 75007 Paris
