Une revisite brillante, pleine de dérision, de malice et d’intelligence autour du mythe d’Orphée et d’Eurydice.
Une victime : Eurydice. Disparue. Pourquoi cette jeune héroïne s’est-elle volatilisée ? Comment a-t-elle pu échapper aux regards le jour même de ses noces ? Quel est, dans cette affaire, le rôle de son époux, le fameux chanteur Orphée ? Loin du sérieux des tragédies classiques, trois merveilleuses artistes (Sevan Manoukian, Ambre Vuillermoz et Sybille Wilson) s’approprient cette histoire millénaire pour la dépoussiérer avec une immense malice.
Le Théâtre de Poche Montparnasse rouvre le dossier et nous invite à une véritable enquête théâtrale et musicale. Sous la forme d’un interrogatoire mené par un facétieux trio de musiciennes, les œuvres de Monteverdi, Gluck et Offenbach sont passées au crible pour faire enfin éclater la vérité.

Derrière ce spectacle hors norme se cache une genèse fascinante. En discutant avec les artistes à l’issue de la représentation, on découvre que ce projet au long cours a débuté il y a trois ans. À l’origine pensé sous la forme d’une conférence théorique, il a évolué au fil du temps pour devenir ce spectacle vivant, total et d’une efficacité redoutable. Déjà joué l’année dernière avec un immense succès, ce rendez-vous régulier continue de séduire le public à chaque reprise.
Sur scène, les qualités artistiques et humaines du trio coupent le souffle. La chanteuse d’opéra Sevan Manoukian déploie une puissance vocale magistrale, tandis qu’Ambre Vuillermoz à l’accordéon et Sybille Wilson au violon livrent une performance instrumentale d’une précision chirurgicale. Ensemble, sous l’œil complice de Pierre-Olivier Mornas, elles bousculent les codes de l’opéra classique avec un humour décapant.
D’une durée idéale d’une heure et quart, la pièce brille par son rythme effréné qui retient le souffle du public, captivant ainsi les esprits du début à la fin. C’est une véritable symphonie où tous nos sens sont éveillés : on rit, on admire la finesse du jeu d’acteur, et on se laisse emporter par la poésie des textes inspirés d’Ovide. L’intelligence de l’écriture prouve à quel point l’esprit humain peut être performatif lorsqu’il s’agit de réinventer les grands mythes.
Ce spectacle intergénérationnel réussit le pari rare de réunir petits et grands autour d’une œuvre à la fois exigeante et accessible. On en ressort le sourire aux lèvres, profondément charmé par le lien vibrant et authentique qui s’est tissé entre la scène et le public. Une recommandation absolue pour cette saison.
Pélopia Maury
Les dimanches 14 et 21 juin à 15h
Théâtre de Poche Montparnasse 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
