Toutankhamon : son tombeau et ses trésors — la Vallée des rois à Paris Expo

Pharaon de la XVIIIe dynastie, Toutankhamon (1336-1327 av. J.-C.) a vu sa notoriété ressusciter depuis la découverte de son tombeau, intact, en 1922 par Howard Carter. L’exposition « Toutankhamon : son tombeau et ses trésors » qui se tient jusqu’au 6 septembre à Paris Expo témoigne de la vigueur persistante de notre « toutankhamonite », plus de cent ans après la découverte.

On pourrait s’y rendre à reculons. Une exposition expressément « grand public », un format itinérant déjà vu des centaines de milliers de fois, un billet vendu comme une sortie familiale accessible aux plus jeunes : sur le papier, tout indique qu’il s’agit d’une vaste opération commerciale plus qu’une proposition de musée. On peut légitimement craindre que les intérêts financiers prennent le pas sur la qualité du propos. La visite dissipe pourtant cette crainte plus vite qu’on ne l’imaginait.

Pas une expo : une reconstitution

La singularité de l’exposition est de se vouloir, avant tout, une reconstitution. Près de mille objets y sont présentés, certains dans des salles agencées telles qu’elles l’ont été il y a 3300 ans, d’autres, en vitrine, dans une scénographie tout à fait muséale. Des salles sont ainsi consacrées à l’entassement antique : lits funéraires, coffres, statues, jusqu’aux chars d’apparat du roi, démontés pour trouver leur place dans les chambres du tombeau.

Des reproductions, oui — mais sans préjudice pour l’exposition

Concernant les objets en eux-même, leur fragilité exige qu’ils ne quittent pas leur lieu de conservation, principalement le Grand Musée égyptien à Gizeh. L’exposition ne réunissant donc que des reproductions, celle-ci aurait pu verser dans le roman, au détriment de la justesse scientifique et de la qualité de l’artisanat. Il n’en est rien. Les reproductions, réalisées en Égypte par une équipe spécialisée dirigée par Mostafa El-Ezaby, sont fondées sur les archives des fouilles et sur l’examen des originaux.

La pédagogie avant le spectacle

Le ton de la visite est donné dès la première salle, très vaste : l’exposition reprendra les bases. Ce voyage est introduit par un espace et un film posant les jalons de l’époque où vécut le pharaon et de la découverte du tombeau par Howard Carter avec le financement de Lord Carnarvon en 1922. On y retrouve une maquette du tombeau, une reproduction de la pierre de Rosette et diverses antiquités qui impressionnent — mais surtout, beaucoup de panneaux explicatifs. On comprend vite que les commissaires n’ont pas voulu d’une exposition qui ne soit qu’un sons et lumières :  l’audioguide, inclus dans le billet, contient plus d’une heure d’informations, au point que l’exposition puisse tout à fait se faire en une demi-journée si l’on lit tous les panneaux.

                       

Cette tension entre pédagogie et divertissement fait toute la réussite de la proposition et permet aux néophytes de ne pas se lasser d’une exposition dans laquelle ils ont tout, ou presque, à apprendre.

Comme le résume Florence Maruéjol, docteure en égyptologie et porte-parole de l’exposition à Paris, « l’exposition offre à un large public la possibilité d’imaginer ce que furent la vie et la mort du jeune roi et la magnificence de son équipement funéraire ».

Cent ans après Carter, l’appétit ne faiblit pas, ni celui des spectateurs, ni celui des exposants qui savent depuis longtemps que Toutankhamon se vend seul. Cette édition parisienne a au moins le mérite de séduire le public qu’elle vise, un public désireux d’être impressionné. L’exposition ne pose cependant pas la question à son visiteur : que cherche-t-il vraiment dans ce jeune roi mort il y a bien longtemps ? Le souvenir d’une civilisation grandiose ou bien le frisson de la grosse découverte en archéologie ?

Raphaël Azaïs

Jusqu’au 6 septembre 2026

Hall 5.1 de Paris Expo — Porte de Versailles (75015) – Tous les jours de 10h à 19h (dernières entrées à 18h).

https://toutankhamon-exposition.fr