Un artiste disparu. Des bonbons qui s’épuisent. Et des voix qui refusent de se taire.

Peut-être qu’il y aura une fête, de Benjamin Locreille

Ce très joli titre pour un ouvrage qui dès les premières pages nous embarque et nous donne à penser qu’il s’agira autant d’une élégie que d’une déclaration d’amour à l’artiste confidentiel qu’est Felix Gonzales-Torres.

Né à Cuba en 1957, et décédé en 1996, cet artiste contemporain discret s’est distingué dans les années 80 et 90 au sein de courants d’art conceptuel et d’art minimaliste, en y introduisant une forte dimension politique.

Benjamin Locreille se propose avec beaucoup de délicatesse de corriger l’injustice de l’effacement progressif de cet artiste solaire et engagé disparu trop tôt.

La préface est de Jennifer Flay, galériste spécialiste d’art contemporain international et qui fut la première galériste de Felix à Paris, avant d’en devenir l’amie. Elle est connue pour avoir été la Directrice artistique de la FIAC.

L’avant-propos par Carl George, proche de l’artiste ; ami intime du compagnon de Felix, Ross Laycock, est une magnifique introduction, sensible et intelligente.

Ce livre est le récit d’une quête. Pas une quête guerrière bien sûr, bien au contraire. Une quête spirituelle, de partage, de lumière, d’amour et aussi de sens. Une quête futile et vitale. Paradoxale comme l’œuvre de Felix, qui mêlait violence du propos et douceur voire apparente banalité des représentations.

L’auteur, habile, investi de sa mission de nous partager la profondeur de ses sentiments, met son cœur et son âme sur la table. C’est intime, érudit, précis, sensible et bouleversant.

Un livre aussi où l’oubli et le souvenir sont comme un fil rouge. Il en est beaucoup question dans les intentions de l’auteur et dans les propos des différentes personnes qu’il rencontre. L’oubli est inconcevable, et la mémoire une composante essentielle de l’art et en particulier de celui de Felix.

La construction de l’essai est simple mais intelligente : l’auteur raconte ses pérégrinations avec beaucoup de sincérité, de manière essentiellement chronologique, et chaque chapitre est introduit par une brève aux résonances hautement politiques, au sujet des thématiques chères à l’artiste : art en général, causes LGBTQIA+, libertés individuelles, sexualité, racisme…

Cet ouvrage n’est pas une biographie : l’auteur nous partage son cheminement, ses rencontres, ses impasses, ses attentes. On souffre et on respire avec lui quand se dessine un dénouement heureux, une avancée.

Cet ouvrage n’est pas une biographie, c’est un récit émaillé de réflexions fines sur l’œuvre de l’artiste, de ses intentions, de ses contradictions, de son langage artistique. Il nous offre des clés pour comprendre certains des symboles cachés dans les œuvres de Felix ou insignifiants aux yeux des profanes.

Cet ouvrage n’est pas une biographie, et pourtant de très beaux chapitres relatent les premières années de Felix, l’exil, ses premières années à New York, l’émergence de son talent dans les années 80, sa rencontre avec Ross

Ce n’est pas une biographie, c’est aussi une œuvre truffée de références qui invitent à aller plus loin, à raccrocher ses propres connaissances au travail de Felix, à nous aussi tirer des fils. C’est un ouvrage qui relie.

Ce n’est pas une biographie, c’est presque un testament.

Ce n’est pas une biographie, c’est un ouvrage poétique et politique, fragile et précis, à l’image de son sujet.

Vous ne connaissiez pas Felix Gonzalez-Torres ? Impossible à présent de ne pas avoir envie de mieux connaitre cet artiste, son œuvre, impossible de ne pas ressentir une confuse mélancolie à l’idée que l’on n’aura pas la chance de le croiser un jour, d’échanger un mot, de ressentir un peu de la beauté qui l’habitait.

Comme le suggère l’auteur page 32, nous ne savions pas encore que nous l’aimions.

Elisa Camus

Peut-être qu’il y aura une fête de Benjamin Locreille

éditions AlterPublishing, paru le 3 mars 2026 – 263 pages – 20€