La Galerie Le Container a accueilli l’exposition « Le temps à l’œuvre » du 21 au 28 mai 2026, à Aix-en-Provence. Deux artistes, deux techniques différentes, mais un même dessein : saisir la mouvance de l’instant.
Les artistes Lise Gonthier et Yanis Miltgen
La première travaille le verre, le second brode et sculpte. Leurs créations révèlent un travail minutieux, mené avec lenteur. Au-delà des matériaux utilisés, c’est le temps qui est au cœur de la démarche artistique.
Un jeune artiste prometteur et consciencieux
Luxembourgeois, Yanis Miltgen est issu du milieu de la mode. Formé à l’Atelier Chardon Savard, puis au Studio Eyral, le jeune homme maîtrise un riche répertoire technique.
À 25 ans, il a déjà structuré sa réputation dans la sphère de la sculpture et de la broderie. L’artiste confirme qu’il n’y aurait qu’un pas entre ces mondes.
Les récompenses remportées reflètent son ambition et son savoir-faire. Il s’est fait connaître au-delà des frontières du Luxembourg, comme en témoigne son titre de brodeur officiel de la Couronne Britannique.
Ses œuvres ont été exposées lors d’évènements incontournables. Lors des Jeux Olympiques de 2024, le Palace parisien Le Meurice s’est procuré deux de ses créations.
Aujourd’hui reconnu comme sculpteur, il ne s’est pour autant pas éloigné de la mode. Yanis Miltgen a notamment été sollicité pour les tenues de la Fashion Week du Luxembourg en 2025, ou pour celles de l’Eurovision en 2024.
Des sculptures délicates, à la légèreté vaporeuse d’un nuage
Fort de son parcours jalonné de distinctions, il a présenté lors de l’exposition sa collection intitulée Le Jardin. Chaque œuvre se compose de fleurs tissées, puis assemblées au sein d’une sculpture harmonieuse. Les branches épousent la forme du lieu et peuvent être exposées de différentes manières. Certaines sont suspendues, d’autres murales.
Si les compositions se démarquent par leur envergure, elles n’en restent pas moins très légères. La création de chaque pièce demande entre 700 heures et 1500 heures de travail.
La grâce de la fleur mise en lumière
Yanis Miltgen fait le choix de se focaliser essentiellement sur des éléments naturels. Affectionnant le végétal, ce sont les fleurs qui sont sublimées lors de cette exposition.
Coquelicots, giroflées ou encore fleurs d’amandiers, toutes les corolles rivalisent de finesse et de réalisme.
Le moindre détail est porteur de sens. Les tiges sont tressées à la manière d’un panier, ce qui rappelle l’univers de la Provence.
Une céramiste-peintre, amoureuse du verre
Née en 1981, Lise Gonthier a multiplié les diplômes artistiques. Après s’être consacrée à la céramique et à la peinture, l’artiste s’est tournée vers le verre. Un choix non anodin, puisqu’elle cultivait un intérêt pour ce matériau depuis ses 14 ans, lors de la visite d’un atelier.
Ses apprentissages ont été approfondis au contact d’artisans verriers de renom, à l’instar de Xavier de Mirebeck, Vincent Breed. Elle a également gagné en expertise en se formant chez Ajeto, en République Tchèque.
Ses collections sont valorisées en France, mais aussi aux quatre coins du monde. Les passionnés d’art peuvent les admirer en Europe, au Musée du Verre de Charleroi, ou encore au Glasmuseum Lette allemand. Côté Asie, le Musée du Verre de Shanghai héberge certaines de ses créations.
Le travail du verre : un pont entre la sculpture et la peinture
Le travail du verre n’a pas pour autant marqué une rupture avec son univers initial. Ses œuvres se situent à mi-chemin entre la sculpture et la peinture.
Les créations requièrent plusieurs étapes : la formation des sulfures qui composeront le tableau, le sciage et polissage, puis la fusion pour créer la pièce finale.
Cette démarche progressive est synonyme de patience et de minutie. Le temps agit ici comme un allié dans la réalisation du tableau.
Le verre fusionné à la conquête de la non-représentation
La forme des œuvres présentées est cubique ou rectangulaire, afin de répondre à l’idée de contenant et de volume.
Dans la galerie, le visiteur découvre tantôt les Cubes de verre coloré, tantôt les Petits Totems plus neutres, aux teintes de blanc et de noir.
La cavité centrale présente dans certaines réalisations peut interroger. Lise Gonthier a effectivement souhaité symboliser l’absence ou encore le vide. L’artiste tire directement son inspiration de la culture japonaise de la non-représentation, et des paysages lointains de l’Arctique.
Différents mais complémentaires, ces deux orfèvres sont animés par une même volonté de figer le temps, fugace par nature.
Clara Pégard
https://yanis-miltgen.squarespace.com