Le château de Versailles célèbre 250 ans d’indépendance américaine avec une nouvelle galerie.

Depuis le 4 juillet 2026, à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, le château de Versailles dévoile une programmation exceptionnelle dédiée aux liens historiques, diplomatiques et artistiques unissant la France et l’Amérique depuis le XVIIIᵉ siècle. Au programme : une nouvelle galerie consacrée à la guerre d’indépendance américaine, une expérience immersive au pavillon d’Orléans, ainsi que des concerts et des rencontres. L’ensemble de cette saison américaine entend mettre en lumière le rôle central joué par Versailles dans la naissance de la République américaine et dans la diffusion des idéaux des Lumières.

C’est dans le discret appartement du capitaine des Gardes, situé au cœur du château, que prend place la nouvelle galerie. Loin des circuits de visite habituels, cet espace devient l’écrin d’un accrochage réunissant peintures, sculptures et portraits issus des collections de Versailles, pour la plupart puisés dans les réserves. L’exposition est l’occasion de redécouvrir des œuvres rarement exposées, qui évoquent les grandes figures politiques, diplomatiques et militaires du conflit, ainsi que les idéaux qui ont nourri les révolutions américaine et française.

Le parcours s’ouvre sur les premiers temps des relations entre la France et l’Amérique aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, marqués par la colonisation de territoires tels que l’Acadie, le Canada et la Louisiane. Une « Nature morte au buste de l’Amérique » (1722) témoigne de la vision idéalisée du Nouveau Monde, alors associé à l’exotisme et à l’abondance. Après la guerre de Sept Ans et la perte de l’essentiel des possessions françaises en Amérique du Nord, le soutien apporté aux insurgés américains apparaît comme une revanche politique et stratégique sur l’Angleterre.

La diplomatie menée depuis le château de Versailles occupe une place centrale dans ce premier volet, mettant en lumière le rôle fondamental du château dans l’histoire étasunienne. Les portraits de Benjamin Franklin, dont la venue en France en 1778 marqua profondément les esprits, et du comte de Vergennes, secrétaire d’État aux Affaires étrangères de Louis XVI, symbolisent le rapprochement entre la monarchie française et les révolutionnaires américains. Rapprochement officialisé en février 1778 par la signature des traités d’amitié, de commerce et d’alliance entre la France et les États-Unis. L’œuvre « La France offrant la Liberté à l’Amérique » (1783-1789) illustre les ambitions politiques, économiques et idéologiques portées par ce soutien français.

La visite se poursuit dans la seconde partie de la galerie est consacrée aux affrontements militaires et aux grandes figures françaises et américaines qui ont contribué à l’indépendance. On y retrouve les portraits et les peintures de marine retraçant les principales étapes du conflit. Le visiteur peut y découvrir, entre autres, les représentations du général Washington, celle du vice-amiral d’Estaing, ou encore du comte de Grasse dont la victoire lors de la bataille navale de la baie de Chesapeake conditionna la victoire terrestre des forces franco-américaines à Yorktown.

Les tableaux monumentaux de Jean-Antoine-Théodore Gudin illustrent quant à eux les grands affrontements maritimes entre les flottes françaises et britanniques, rappelant l’importance stratégique du conflit naval.

Enfin, la troisième salle évoque la paix, dont l’un des traités est signé à Versailles le 3 septembre 1783. Désormais reconnue sur la scène internationale, la jeune République américaine élit en 1789 son premier président, George Washington, dont une copie du premier portrait officiel est présentée. La même année éclatera la Révolution française.

L’engagement de la France aux côtés des insurgés aura contribué aux difficultés économiques qui précipitent la chute de la monarchie, tandis que l’Indépendance américaine, nourrie par la pensée des Lumières, participe en retour à diffuser les idéaux de liberté et de républicanisme. Des figures comme La Fayette puisent ainsi dans la Déclaration d’indépendance américaine certains principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Avec beaucoup d’ingéniosité, cette troisième salle rend compte de la manière avec laquelle la France et les États-Unis se sont alimentés l’un l’autre d’idées révolutionnaires infusées dans le désir de liberté et de justice.

Par ailleurs, cette nouvelle galerie s’inscrit également dans une tradition muséographique plus ancienne : dès 1837, Louis-Philippe avait aménagé plusieurs salles du musée de l’Histoire de France pour évoquer les héros et les événements de la guerre d’Indépendance américaine. Une première galerie dédiée avait vu le jour au XIXᵉ siècle, puis une autre après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’aux années 1980. En renouant avec cette tradition, le château de Versailles redonne toute sa place à un épisode essentiel de l’histoire franco-américaine et permet de redécouvrir un ensemble exceptionnel d’œuvres rarement réunies autour de cette thématique.

Ainsi, le château de Versailles ne se contente pas de sortir de ses réserves un ensemble d’œuvres exceptionnelles, il ravive aussi la mémoire d’un dialogue entre deux nations qui, de la colonisation à la Révolution française, n’ont cessé de s’influencer mutuellement. L’exposition est une manière de rappeler que l’histoire ne s’écrit jamais seule, mais toujours dans l’échange et dans la confrontation des idéaux.

Elisa Camus

Château de Versailles, Place d’Armes, 78000 Versailles

Le Château : Du mardi au dimanche de 9h à 18h30 – Les Jardins : Tous les jours de 7h à 20h30 – Le domaine du Trianon : du mardi au dimanche de 12h à 18h30

chateaudeversailles.fr