À Vallauris, la sculpture en partage : Martial Raysse et Anton Prinner à l’honneur au musée Magnelli

Cet été, le musée Magnelli, musée de la céramique à Vallauris, propose une rencontre rare entre deux artistes que tout semble opposer, mais que réunit une même exigence : celle de penser la sculpture comme un langage à part entière. Avec « D’une flèche mon cœur percé – Statues de Martial Raysse » et « Anton Prinner – le ciel pour plafond », le musée met en regard deux écritures plastiques singulières, deux rapports à la matière, deux visions de l’art où la forme devient le lieu d’une recherche sensible et intellectuelle.

Dans une ville dont l’histoire demeure indissociable de la création céramique du XXe siècle, ces deux expositions rappellent la place particulière qu’occupe Vallauris dans le dialogue entre tradition artisanale et invention artistique. De la sculpture contemporaine de Martial Raysse à l’univers mystérieux et profondément personnel d’Anton Prinner, le musée Magnelli célèbre une même liberté créatrice.

Martial Raysse : la figure sculptée, entre éclat du présent et mémoire des formes

Du 13 juin au 28 septembre 2026, « D’une flèche mon cœur percé – Statues de Martial Raysse » invite à redécouvrir un aspect essentiel du parcours de l’artiste : son œuvre sculptée récente.

Né à Golfe-Juan en 1936, fils d’un artisan céramiste originaire de Vallauris, Martial Raysse entretient avec le territoire une relation intime, presque familiale. Figure emblématique du Nouveau Réalisme, Martial Raysse est longtemps identifié à ses peintures aux couleurs éclatantes, à ses détournements d’images populaires et à ses réflexions sur la société de consommation. Pourtant, depuis plusieurs années, la sculpture est devenue un territoire privilégié d’expérimentation. Elle lui permet de revenir à une question fondamentale de l’histoire de l’art : comment représenter l’humain aujourd’hui ?

Si sa peinture et ses installations ont largement contribué à sa renommée, la sculpture occupe depuis plusieurs années une place centrale dans sa réflexion artistique. Ses statues révèlent un dialogue constant entre héritage classique et regard contemporain : la figure humaine y apparaît comme un espace de tension entre beauté idéale, étrangeté et questionnement existentiel.

Particulièrement dans les œuvres de petites dimensions, la dérision n’est jamais loin de l’absurde et des comportements des uns et des autres avec des titres comme, par exemple : « Petit délice pour rabattre l’arrogance des imbéciles ».

À travers un ensemble d’œuvres récentes, l’exposition met en lumière une pratique où la matière, la lumière et la couleur participent d’une même recherche d’équilibre. Martial Raysse y poursuit son exploration de la représentation, faisant de la sculpture un territoire où se rencontrent la mémoire de l’histoire de l’art et les interrogations du monde actuel.

Anton Prinner : une œuvre secrète, entre géométrie et quête intérieure

Du 4 juillet au 28 septembre 2026, la vaste salle Eden accueille « Anton Prinner – le ciel pour plafond », une exposition consacrée à un artiste aussi fascinant que discret.

Né en Hongrie en 1902, installé à Paris à la fin des années 1920, Anton Prinner fut à la fois sculpteur, peintre, graveur et céramiste. Son parcours singulier l’a conduit à développer un univers profondément personnel, éloigné des courants dominants mais nourri par de multiples influences : la géométrie, les arts anciens, les symboles, la spiritualité et une réflexion sur la structure même des formes.

Installée dans la vaste salle Eden, l’exposition réunit un ensemble d’œuvres permettant de mesurer l’ampleur de sa démarche. Le visiteur découvre des sculptures, cœur de son travail, mais également des céramiques, des estampes et des photographies, offrant un regard plus complet sur la diversité de sa création.

Les sculptures d’Anton Prinner se caractérisent par une grande économie de moyens. L’artiste privilégie souvent des formes épurées, construites avec précision, où chaque ligne et chaque volume semblent répondre à une nécessité intérieure. Ses œuvres donnent l’impression d’une recherche d’équilibre entre matière et esprit, entre présence physique et dimension symbolique.

Une place importante est accordée à ses créations céramiques réalisées au Tapis-Vert à Vallauris entre 1950 et 1965. Cette période inscrit pleinement Anton Prinner dans l’histoire artistique de la ville, aux côtés des créateurs venus explorer les possibilités offertes par la terre et le feu. Ses céramiques témoignent d’une approche où le matériau n’est pas seulement un support mais un véritable partenaire de création.

Les estampes et photographies présentées viennent compléter ce portrait d’un artiste aux multiples pratiques. Elles permettent de mieux comprendre les liens entre ses recherches graphiques, son travail sculptural et sa manière singulière d’habiter le monde.

Deux trajectoires, un même rapport à la matière

En consacrant son été 2026 à Martial Raysse et Anton Prinner, le musée Magnelli souligne la vitalité d’une sculpture qui ne cesse de se réinventer. L’un, héritier critique de la culture visuelle contemporaine, explore la figure à travers le prisme de la couleur et de la modernité. L’autre, artiste inclassable en quête d’une harmonie essentielle, fait de la forme un chemin vers une dimension plus intérieure.

Réunies à Vallauris, leurs œuvres racontent aussi une histoire du lieu : celle d’une ville où la terre, la main et l’imagination des artistes ont longtemps dialogué. Entre mémoire et création, ces deux expositions offrent un regard renouvelé sur la sculpture et sur deux figures singulières qui ont choisi la matière comme espace de liberté.

Véronique Spahis

jusqu’au 28 septembre 2026

Musée Magnelli, Musée de la céramique, place de la Libération, 06220 Vallauris

Du 16 septembre au 30 juin : 10h-12h15, 14h-17h / Du 1er juillet au 15 septembre : 10h-12h30, 14h-18h / Fermeture de la billetterie 30mn avant la fermeture / Musée fermé le mardi

https://www.vallauris-golfe-juan.fr/20753-le-musee-magnelli-musee-de-la-ceramique.htm