Byblos, cité millénaire : une mémoire vivante au cœur de Paris

À l’heure où le Liban traverse un conflit militaire, l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » présentée à l’Institut du Monde Arabe à Paris s’impose comme une véritable « résistance culturelle », invitant à découvrir une des plus anciennes civilisations de la Méditerranée à travers des trésors exceptionnels.

Une invitation au voyage dans le temps

Dès l’entrée, l’exposition transporte le visiteur loin de Paris, vers les rives du Levant. Byblos apparaît comme une ville hors du temps, un lieu où les siècles ne disparaissent pas mais s’accumulent, se répondent et dialoguent. Ici, tout commence avec la mer. Elle n’est pas une frontière, mais un passage. Les navires circulent, chargés de bois de cèdre, de papyrus, d’objets précieux. Ils relient l’Égypte, la Mésopotamie et le monde Ègéen. Byblos devient alors un point de rencontre entre les cultures.

Le parcours s’organise en plusieurs grandes séquences qui permettent de comprendre l’évolution de la ville. On découvre d’abord les premières installations humaines, au Néolithique, il y a près de 9000 ans. Puis l’exposition s’attarde sur l’âge du Bronze, moment clé où Byblos devient une cité structurée, tournée vers le commerce maritime. D’autres sections évoquent la période phénicienne, puis les influences grecques et romaines.

L’exposition suggère cette richesse sans jamais tout dévoiler. On comprend rapidement que cette cité ne se limite pas à son passé : elle continue d’influencer notre présent, notamment à travers l’invention de l’alphabet phénicien, dont dérivent de nombreuses écritures modernes.

Des objets rares, entre beauté et mystère

Au fil du parcours, les objets apparaissent comme autant de fragments d’histoire. Certains sont minuscules, d’autres plus imposants, mais tous attirent le regard. Ils racontent sans tout expliquer. Les statuettes, les bijoux, les armes ou encore les objets venant des rituels témoignent. Ils révèlent une société complexe, où le commerce, la spiritualité et la vie quotidienne se mêlent.

La majorité des pièces exposées provient de fouilles archéologiques menées sur le site de Byblos depuis le XIXe siècle, et plus récemment encore grâce à des campagnes actives depuis 2019. Certaines œuvres ont été découvertes dans des temples, comme celui aux Obélisques, où les habitants déposaient des offrandes aux divinités. D’autres viennent de tombes, notamment de la nécropole royale ou de sépultures plus récentes restées intactes pendant des millénaires.

Les objets couvrent une période très large, allant du Néolithique jusqu’à l’époque romaine. On observe par exemple des figurines en bronze parfois recouvertes d’or, des bijoux précieux, des armes d’apparat ou encore des céramiques. Beaucoup de ces pièces n’ont jamais été utilisées dans la vie quotidienne : elles sont créées comme offrandes ou pour accompagner les morts.

Certains trésors témoignent aussi des échanges avec l’Égypte. Des objets sont offerts par des pharaons ou inspirés de leur esthétique, preuve du lien étroit entre les deux régions. D’autres objets, plus récents, proviennent de découvertes archéologiques encore en cours d’étude.

Une exposition marquée par son époque

Pensée dès 2019, l’exposition présentée sous le commissariat de Dr Tania Zaven, Dr Martine Francis-Allouche et Dr Julien Chanteau, avec les commissaires exécutives de l’Institut du Monde Arabe, Élodie Bouffard et Agnès Carayon, prend aujourd’hui un sens nouveau. Elle porte en elle les transformations du monde qui l’entoure. Sept objets manquent au parcours. Ils n’ont pas pu être transportés depuis le Liban. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, leur absence est clairement signalée dans le parcours.

Les œuvres présentées restent néanmoins exceptionnelles. Ce sont des trésors nationaux, rarement visibles hors de leur pays d’origine. Leur présence à Paris souligne l’importance de la transmission culturelle, même dans des contextes difficiles.

Cynthia Bellanger,

Jusqu’au 23 août 2026

Institut du Monde Arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75005 Paris

Du mardi au vendredi : 10h – 18h. Samedi, dimanche et jours fériés : 10h – 19h / Horaires d’été (juillet-août) : Mardi au vendredi et le dimanche : 11h – 19h, samedi : 11h – 20h / Fermé le lundi

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